« Vai con il vento »

For Equity a décidé de soutenir un projet de PASAJ (Pastorale d’animation jeunesse de l’église catholique – www.pasaj.ch), en permettant à quelques jeunes d’aller en Sicile, à la rencontre des migrants.

Philippe, Antoine, Davide, Morgan et Lou ont été accompagnés par Manon et Pierre-Yves, tous deux pédiatres ainsi que Lorenzo et Alain de PASAJ sont donc partis pour la Sicile au début du mois de juillet 2016.

Comment est né ce projet…

Depuis septembre 2012 une équipe de jeunes œuvrent bénévolement au cœur de la ville de Lausanne dans le cadre du « By Night », projet de Pasaj Solidaire.

Ces jeunes connaissent bien le monde de la rue, plus particulièrement celui de la nuit. Tout au long de cet engagement, réflexions et partages ont permis de cibler différentes problématiques, notamment celle de la migration clandestine.

Des nombreuses rencontres et témoignages bouleversants ont amené ce groupe de jeunes accompagnés d’Alain Toueg, aumônier à Pasaj, à faire un pas de plus dans leur histoire et leur chemin de vie.

Aller à la source ou tout du moins à une étape cruciale, à savoir leur arrivée sur les côtes méditerranéennes, est apparue comme une évidence pour mieux les comprendre et les accompagner. En effet, s’approcher de l’expérience traumatisante de leur exil et de leur arrivée sans ressource sur un autre continent, ne peut être qu’éclairante dans l’avancée de cette démarche humaine et spirituelle.

Cette initiative ne vise rien de sensationnel ni de matériel. Elle s’inscrit dans la philosophie et l’esprit de Pasaj Solidaire: être avec l’autre là où il est, tel qu’il est. Témoigner d’une présence dans la bienveillance et du lien indispensable qui unit et nourrit chaque être humain. En d’autres termes : rencontrer et accueillir sans prosélytisme.

A l’instar du serviteur inutile, nous vivrons une démarche de compassion. Ce n’est qu’à notre retour que nous pourrons partager notre expérience et en mesurer le fruit et l’impact »

Alain Toueg

 

Voici quelques réflexions reçues pendant ce voyage par ce groupe:

« Nous voilà partis, laissant derrière nous tout ce que nous avions, pour une semaine, alors que s’éloigne la Suisse, se rapprochent le ciel, le soleil et les nuages, nous quittons la terre ferme pour les cieux, mais seulement pour deux heures… le temps de retomber sur une autre terre : la Sicile… Île rouge, île volcanique, au coeur de notre mer porteuse de vie, berceau des civilisations, qui de tout temps a attiré Phéniciens, Carthaginois, Grecs, Romains, Vikings, Arabes, Espagnols, jusqu’à Garibaldi…

Alessandra et Pippo avec qui ce séjour a été initié, Giuseppe Marsola et deux collègues de son équipe nous attendent à l’aéroport et nous offrent un accueil chaleureux.  Nos valises et bagages surchargés de médicaments, vêtements, savons de Marseille, d’Alep et de pansements sont aussitôt installés par Antonio et Francesco qui nous embarquent dans une camionnette.

Nous arrivons alors à Mazara del Vallo dans la Province de Tripani et découvrons ce qui sera notre foyer le temps d’une semaine: petite ville de la côte Ouest d’environ cinquante mille habitants, havre de paix faisant face à une mer déchainée ».

 

 

« L’aventure commence le lendemain et notre équipe va rencontrer les migrants situés dans deux centres d’accueil, l’un pour mineurs; L’autre pour majeurs.

Dans le premier, le contact se crée facilement, les sourires, les jeux, aident à instaurer un climat de confiance. La plupart sont originaires d’Afrique subsaharienne, Gambie, Sénégal, Somalie, Côte d’Ivoire, certains d’Egypte ou du Bengladesh et tous ont entre douze et dix-huit ans.

Il est fascinant d’observer comme la communication semble ici traverser la barrière des langues car si le Wallof semble être le plus usité, chaque personne sait comment parler à son interlocuteur, glissant de l’anglais au français à l’italien et à l’arabe avec une aisance si déconcertante que la confusion nous gagne bientôt nous aussi.

Oubliant la barrière de la langue les conversations semblent composées d’un vaste métissage d’une multitude d’idiomes, et tel un pied de nez à la tour de Babel, réunissent toutes les différences pour inventer une nouvelle forme d’unité, une humanité inédite surgissant du futur.

Pourtant, certains restent plus en retrait que d’autres, nous laissant deviner les traumatismes qui ont marqué leurs voyages… où peut-être simplement une nature plus discrète.

Les autres jeunes racontent volontiers leurs histoires. Leur histoire d’avenir, elle, reste encore à écrire, et malgré leurs incertitudes quant au futur, leurs yeux brillent de milles possibles, ils savent que le plus dur est derrière eux, qu’ils font partie des chanceux ayant réussis ce singulier exploit d’avoir traversé seul le plus grand désert du monde, les pays les plus dangereux de la planète, et la mer la plus meurtrière du monde. Ces magnifiques jeunes hommes ont connu des terreurs qui dépassent notre imagination, et leur empathie envers nous les pousse à nous épargner de leurs souvenirs traumatisants.

Nous avons la chance inestimable de prendre une très belle leçon de courage, de force, d’humanité et pardessus tout : d’un Espoir indestructible ».

 

 

« Ici, les jeunes font tout en communauté, ceci afin de les responsabiliser au maximum, et surtout d’éviter un phénomène d’isolement qui malheureusement se produit bien trop souvent pour ceux qui ont eu la volonté de quitter toute sécurité, tout ce qui est connu pour se lancer dans une quête de l’ailleurs.

Dans le centre « Sole Uno », les premières semaines sont souvent difficiles. L’objectif des travailleurs sociaux est de les aider à créer une communauté, une famille, un foyer pour ces jeunes qui ont tout laissé derrière eux et sont partis en solitaires chercher un avenir par delà les continents et les mers.

Ici, tout se fait en tant que groupe, les jeunes cuisinent ensemble, mangent ensemble, jouent ensemble, s’occupent de l’entretien de la maison, des diverses tâches, prennent soin les uns des autres. Même la prière est commune, pour ces survivants visiblement doués d’une Foi à toute épreuve.

Comme ce centre est pour les mineurs, les sorties sont limitées à minuit et, en cas d’absence au bout de 24h, les accompagnants sont légalement tenus de prévenir la police.

En cas de litige, les responsables laissent les jeunes discuter entre eux, sans intervenir afin que les tensions se désamorcent d’elles-mêmes.

Le centre s’évite ainsi les violences, les vols, les tensions et surtout les suicides.

Les travailleurs sociaux nous expliquent que l’urgence médicale est souvent psychologique. En effet, ces blessures laissent des marques profondes qui peinent à cicatriser. Certains ont perdu un membre de la famille, une amie, une conjointe et la nuit ravive ces souvenirs lorsque le mental s’éteint et que jaillissent les fantômes du passé sous forme de cauchemars.

Un des autres problèmes est l’ennui. L’absence de perspectives professionnelles, le rejet de la part de la population, fait de « Sole Uno » une salle d’attente géante ».

 

 

« Les travailleurs sociaux nous expliquent que le besoin le plus urgent se situe non pas dans l’aspect matériel, mais dans la dimension sociale.

Animation, social, relationnel… Il semble que l’urgence se situe surtout dans le dialogue, la rencontre, la reconnaissance et la valorisation.

Les travailleurs sociaux de « Sole Uno” » ont réussi à créer un havre de paix et de chaleur humaine. Une magie se dégage de cette maison.

Les jeunes sont incroyablement attentionnés entre eux, ainsi qu’envers les visiteurs que nous sommes.

Eux sont en Sicile depuis huit, dix, douze ou dix-huit mois, nous sommes arrivés il y a deux jours et les migrants, bien que mal accueillis, nous reçoivent comme des rois. Le choc culturel est plus profond que prévu, les voilà non pas venus quémander notre pitié, mais nous offrir généreusement une très belle leçon d’hospitalité ».

 

 

« Le second centre que nous visitons est pour majeurs. Malheureusement, le fait que notre visite ne soit pas prévue ainsi que le manque de temps nous laisse tous frustrés de devoir partir à peine la glace brisée.

Leur logement, contrairement au 1er centre, ne dispose ni d’un jardin ni d’un accès à la mer, mais ils ont l’avantage d’être en centre ville de Mazarra del Vallo. Si le premier centre (pour mineurs) a pour vocation d’apprendre l’italien aux jeunes et de les acclimater à la vie latine, le second semble être un tremplin pour la vie professionnelle malgré le fait que le chômage et le manque d’opportunités les condamne contre leur volonté à attendre encore, dans ce qu’il paraît être pire que l’enfer: l’attente.

Les plus chanceux sont recrutés comme médiateurs, leur aisance sociale et les multiples langues qu’ils parlent leur ouvrent des portes.

Les autres partent à vélo, à la ville, à la campagne, en quête d’un emploi qui leur permettrait de rencontrer des locaux, de pratiquer l’italien, de se faire un peu d’argent, et surtout de relancer la dynamique qui transforme le présent en futur ».

 

 

« La fête de l’Aïd

Toute l’équipe de « Vai con il vento » se rend au centre Sole Uno pour célébrer la fin du Ramadan avec les réfugiés. C’est autour d’un mouton Hallal fraîchement égorgé ce matin que cette fête du grand partage nous rassemble. Nous cuisinons tous ensemble pendant plusieurs heures car nous sommes très nombreux à manger. La communauté de Sole Due venant également fêter l’Aïd, cela fait de nombreuses bouches à nourrir.

Nous partageons ensuite le repas, l’heure est à la joie et à la détente. La fête dure tout l’après-midi, à peine le déjeuner terminé que commence la préparation du souper.
Nous apprenons avec étonnement que c’est la première fois que des personnes étrangères au centre viennent se joindre à eux pour partager le repas.
Les grillades sont faites à l’extérieur, à ciel ouvert. La musique, les danses, les rires se mêlent à l’odeur de la viande sur le grill pour célébrer la fin du jeûne, jour sacré de l’Islam.
Bien qu’ils soient nombreux à avoir fui Boko Haram, les Chebab, les frères musulmans, Daesh et d’autres mouvements radicaux, leur foi est malgré tout restée intacte, imperméable à tous les extrémismes. L’un d’eux connaît le Coran par coeur, et c’est lui qui chante les cinq prières quotidiennes. Ils prient dehors, faute d’avoir une pièce suffisamment grande pour tous les accueillir.
Nous cuisinons ensemble tout le long de la journée et nous nous restaurons en regardant la demi-finale de l’Euro, devant une petite télévision de fortune dans un silence quasi-religieux contrastant avec l’animation de l’après-midi.
La fête de l’Aïd rassemble et remet chacun dans l’espérance d’un nouveau départ, les téléphones portables sont assaillis de sonneries, témoignant des liens qui, en dépit des distances et du temps, résistent entre les amis et les familles de ceux qui sont partis des quatre coins du monde.
L’Aïd, repère parmi les repères qui nous rappelle que l’Islam est aussi et surtout une religion de partage et de joie, bien loin de ce que lisons tous les jours dans les médias.
Et telle une récompense venant du ciel, l’annonce de l’obtention des papiers à un jeune somalien après dix mois d’attente incertaine, vient embellir cette journée festive et donner de l’espoir à l’ensemble de la communauté ».

 

 

« Rencontre avec Mafuzi

Nous (Phil et Céleste) nous entretenons avec un des travailleurs sociaux qui s’occupe des jeunes rencontrés les jours précédents. Afin qu’il se sente libre de s’exprimer, nous nous rencontrons à l’extérieur des camps. Il nous dit qu’il aime beaucoup son travail, bien que ce soit psychologiquement difficile. Il se perçoit plus comme un pédagogue que comme un éducateur, il dit qu’il faut être très observateur car ceux qui souffrent de solitude ont tendance à le cacher aux autres pour ne pas paraître encore plus faible. Et se sent trop isolé pour oser en parler aux éducateurs. Lorsqu’il en voit un qui pleure dans son coin, il va lui parler, maîtriser sept langues s’avère utile lorsqu’il s’efforce de le faire rire ou, au moins, sourire. Ces petites victoires, trop souvent éphémères, illuminent ses journées. C’est ainsi qu’il trouve la force de recommencer le lendemain: il aime ces jeunes, il aime l’humain.
Étant lui-même passé par ces centres, les jeunes lui font d’autant plus confiance du fait que lui aussi est passé par la Lybie, par Lampeduza. 
Il était comme beaucoup un migrant économique, mais ne voulait pas aller en Europe, l’absence de perspectives en Gambie l’a poussé à tenter sa chance dans une Lybie très prospère à l’époque.
La chute de Kadhafi et le chaos qui a suivi à ravagé l’économie, l’industrie, et pire encore, la paix sociale. Les relations entre les lybiens et les étrangers se sont vite dégradées, et les besoins financiers des différentes factions militaires à mis fin à la justice sous forme de racket, de kidnapping, de meurtres arbitraires. L’esclavage est rétabli de facto car la majorité des salaires promis ne sont jamais versés. Entourés de désert, leur seul échappatoire est de tenter une traversée périlleuse, à la merci des passeurs qui sont les seuls à proposer une chance très hasardeuse de survie et en font un commerce juteux. 
Tout comme nous, il trouve que la Sicile est un endroit magnifique et déplore l’absence de perspectives qui frappe les migrants comme les siciliens. Il dit que le risque ici est que les migrants et les locaux s’accusent à tort les uns les autres d’en être responsable. 
Toute l’histoire de la Sicile, et de l’Italie est liée à la Mare Nostrum : grecs, phéniciens, carthaginois, romains, vikings, espagnols, étaient tous des peuples de marins, de marchands.
La mer rapproche les humains quand les montagnes, les déserts et les forêts les éloignent. 
Les siciliens, peuple insulaire, voient l’immense étendue d’eau qui les entourent non pas comme une protection ou un obstacle, ils ont conscience que la mer est une ouverture sur le monde, puisqu’elle pointe dans toutes les directions ».

 

« Visite du centre pour adulte

Il s’agit d’un centre «extraordinaire» d’après notre guide juriste, et responsable des 5 centres de la région. Extraordinaire car situé dans un village de vacances déserté, petites «casa» bordées de lauriers qui fleurissent toujours. Ces petites maisonnettes sont habitées par 3 ou 4 hommes selon leur nationalité: Ouganda, Côte d’Ivoire, Bangladesh, Gambie, Pakistan, Cameroun…

Jean-Paul, un homme camerounais nous raconte son ennui, «ici je suis comme au village», nous déclare-t-il. Son espoir comme tous, est de recevoir «i documenti» afin de rejoindre son oncle quelque part dans le nord de l’Europe. Il a deux enfants, mais ne peut que difficilement communiquer avec eux faute d’accès internet facile dans leur village. Son père a été assassiné, ce qui l’a forcé à fuir son pays.

Le responsable du centre, tout d’abord bourru derrière son ordinateur, se délie finalement au fil des questions: il s’agit d’un gigantesque exode vers des contrées plus clémentes, «80 % des hommes qui arrivent ici fuient la misère, la faim mais il ne s’agit pas de migrants politiques…». Le directeur du centre a vu changer l’âge des requérants au fil des ces vingt dernières années: «avant ils envoyaient les chefs du village. Toute la famille se cotisait alors pour payer le voyage dans l’espoir qu’ils pourraient se réunir un jour au Nord. Maintenant c’est le fils de la famille qui s’en va». Pourquoi? Pour qu’il ait une plus grande espérance de vie et donc plus de chance de se faire une situation à l’ombre de nos cités industrielles.

L’on retrouve une psychologue travaillant dans le centre depuis plus de quatre mois. Elle offre une présence 4 heures par jour dans le centre, crée le lien petit à petit. Les thérapies de groupes sont d’usage tout comme les thérapies individuelles: «Les hommes du centre n’ont pas de pathologie psychiatrique».

Face à notre position et expérience dans ces mêmes métiers, l’on se demande ce qu’il en advient du stress post traumatique.

«Quand ils arrivent au centre ils sont encore en voyage» ; explique le directeur du centre. Ils leur faudra plusieurs jours pour déposer leur esprit faute de bagage, et alors le corps se mettra a pleurer: «ils ont des douleurs physiques». Celles-ci sont probablement psychosomatiques selon notre avis médical ; et la plupart semblent souffrir de gastrites de stress qui disparaissent avec le temps.

Ces approches psychologiques nous laissent perplexes sachant les horreurs que ces gens ont traversé.

L’on décide de s’en remettre au directeur du centre qui nous avoue : «je suis persuadé que cette mixité a un sens et que cela va créer une société plus humaniste».

Notre projets et nos démarches semblent corroborer avec cette vision quant à la question de l’immigration ».

 

 

« Ce vendredi, Une partie de l’équipe composée de nos deux médecins, de Lorenzo et de Lou part dans un centre pour femmes battues. Dans ce lieu, migrantes et italiennes vivent ensemble, car les barrières culturelles sont abolies par la souffrance commune, la barrière se trouve désormais dans une nouvelle division : le genre.

Mères et enfants, traumatisés par la vie, réapprennent lentement à vivre sans être dans la terreur. Le centre est bien aménagé, et à l’intérieur une atmosphère de paix préserve ces magnifiques femmes de la brutalité des hommes, Est-ce que ces brutes méritent réellement d’être nommés ainsi? . Les enfants sont également suivis par des médecins et des psychologues dans une lente et fastidieuse rééducation. Les mères comme les enfants mettront des mois, des années, à se réhabituer à faire confiance aux hommes. Ils sont éloignés de leurs mères deux heures par jour, afin de refaire confiance petit à petit aux inconnus, de retrouver cette tranquillité qui permet de croire en la vie.

Le vent mène ensuite les membres de l’équipe dans un autre centre, celui-ci va ouvrir très bientôt, et aura pour fonction d’être un centre d’urgence médicale ».

 

 

« Petizielo dello vallo

Autrefois village pour vacanciers fuyants les grandes villes, ce lieu était leur refuge le temps de quelques semaines, revenus voir les plus vieux qui peuplent difficilement à eux seuls la ville.

Ces nomades saisonniers venaient à l’époque pour se reconnecter au temps long, celui des plantes, des animaux, et de nos ancêtres.

Ces « touristes », comme on les appelle parfois avec dédain, souhaitaient simplement apprécier la beauté sauvage des terres environnantes. Ils voulaient à l’époque encore entendre le bruit des vagues qui bercent la mer étoilée, et les oiseaux dont les chants s’accordent bien mieux avec le vent dans les arbres qu’avec les Klaxons.

Ce lieu il y a pas longtemps déserté pour des plages moins rocheuses est désormais le refuge des migrants qui arrivent massivement depuis l’enfer de la Lybie. Les cicatrices en témoignent: tous en ont les bras recouverts, et à chacune d’entre elles est désormais une histoire gravée dans la chair.

Les récits rivalisent d’horreur, frisent l’inimaginable à un tel point que certains, n’ayant jamais connu de situations aussi mortelles, les prennent pour des mensonges.

Pour confondre un menteur, il suffit de le piéger sur des détails. Ici, il n’y a aucun besoin d’user de tels stratagèmes les détails sont si nombreux et sordides qu’on en vient vite à parler d’autre chose.

Les pires histoires ne parviendront pas à nos oreilles, ce sont les voix disparues dans l’oubli.

Il y a heureusement bien plus à partager dans la vie que la souffrance et la tristesse.

L’accueil étant incroyablement chaleureux, en l’espace de quelques secondes, nous nous sentons comme chez nous. L’hospitalité, la vraie, celle du coeur ne s’embarrasse pas de politesse car la simplicité est une valeur commune à tous ceux qui ne se préoccupent pas du regard des autres.

La Musique révèle que nous avons un bagage culturel commun immense : Le reggae le rock, le rap témoignent qu’en réalité partager une époque est plus important que partager un continent. L’ambiance est instantanément magique, nous sommes de comme vieux amis qui se retrouvent, comme des frères jumeaux qui auraient été trop longtemps séparés, qui chante d’une seule d’une seule voix ce refrain de Bob Marley :

« don’t worry,

about the future,

because every little thing is gonna be alright »

Nous, humains, irons de toutes façons tous au même endroit : cela s’appelle le futur. Et danser ensemble au rythme des basses, des percussions et des coeurs, apaise les craintes. Cet instant sacré de communion dans la danse et les chants porteurs d’espoirs nous fait ressentir notre force ».

 

 

« L’après-midi, nous retournons à Campo Pozzitello puis en fin de journée à la Communauté Solé 1 pour un repas d’adieu avant notre départ, lundi à l’aube.
Ces dernières heures sont déchirantes autant pour ceux que nous avons côtoyé que pour nous qui avons créé de réels liens d’amitié en si peu de temps.
Ce n’est qu’à minuit et demie que nous nous quittons avec l’espoir intérieur de nous revoir dans un avenir proche et l’inévitable lucidité que la vie et le vent nous emporteront vers un ailleurs incertain.
« Vai con il vento » a été une goutte d’eau dans l’océan, nous le savions en partant. Mais une goutte d’eau qui a étanché des soifs de rencontres et de relations précieuses et inoubliables.
Cette expérience nous a aussi rappelé que si l’essentiel est nécessaire, le superflu, lui, est indispensable.
Le premier lieu d’accueil est le cœur de l’homme. On ne s’exile pas hors de l’humain ».